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Tranche de merlan

Accouchement : le choc des générations

14 Juin 2017, 12:56pm

Publié par LeMerlanFrit

Au cours de mon 7e mois de grossesse, nous avons eu la visite de mes parents, qui vivent à l'autre bout de la France. Ils voulaient me voir en chair et en ventre tout rond avant de se retrouver à la maternité quelques mois plus tard.

Comme je ne les vois pas souvent (1-2 fois l'an), c'est toujours un bonheur de les retrouver, mais je redoute toujours aussi car je sais que je vais saturer en peu de temps. Il va toujours y avoir le ton qui monte entre eux pour des broutilles, nous donnant envie avec Futur Papa de nous replier dans une coquille, et des incompréhensions qui vont me peser. En placer une avec mon père et lui faire entendre que son point de vue n'est qu'un point de vue et non pas une vérité générale, c'est parfois compliqué. Arriver à faire entendre à ma mère que je suis une grande fille, j'ai parfois l'impression que ce sera l'oeuvre de toute une vie... Ils ne sont pourtant pas si terribles, mais ne vivant plus sous leur toit depuis de nombreuses années, j'ai perdu l'habitude et suis moins tolérante à leurs comportements, d'autant que nous mettons un point d'honneur avec Futur Papa à vivre en harmonie et se respecter mutuellement.

Cette fois, ils s'étaient décidés pour un petit week-end prolongé et ont donc pris l'avion : les côtoyer 3 jours, ça me semblait parfait ! Tu parles... Dès le trajet retour de l'aéroport, mon père a mal parlé à ma mère pour une bêtise et en a distillé 4-5 autres comme ça les jours qui ont suivi. Bref. Le dernier jour, nous nous sommes vraiment confrontés à un choc des générations sur le sujet du moment : j'ai nommé l'accouchement.

Accouchement : le choc des générations

Pour vous donner une idée de ce que j'envisageais pour ce moment si particulier il y a un mot très simple : la physiologie, c'est-à-dire le fonctionnement naturel du corps humain. Plus je lisais et me renseignais sur le sujet, plus je réalisais que j'étais loin de m'imaginer que c'était si magique. "La nature est bien faite", on le répète à l'envi, pourtant je crois que la plupart d'entre nous ignorons à quel point c'est vrai (et je croyais être assez calée sur le sujet pourtant).

La danse des hormones en particulier est un sujet captivant. La principale est l'ocytocine, l'hormone de l'amour (eh ouais ^^). En nous procurant confiance et courage, elle aide le travail à avancer. Au départ, cette hormone va en déclencher une autre qui nous met un petit coup de stress afin que l'on mobilise notre énergie pour les heures à venir et qu'on se mette en sécurité ! Dès qu'on se sent suffisamment rassurée, cette dernière s'efface au profit de l'ocytocine qui remonte en puissance et s'accompagne d'une autre hormone qui est un peu notre morphine naturelle qui va nous apporter de la détente et apaiser la douleur. La pression de la tête de Bébé sur le col stimule la production d'ocytocine : c'est un cercle vertueux. Mais c'est une hormone timide : on ne la sécrète correctement que si l'on se sent profondément en sécurité et en confiance.

Et quand on met un doigt dans l'engrenage, on a vite fait de débuter un cercle vicieux. Par exemple, en voulant suivre les contractions par monitoring continu, on cloue la femme sur son lit, ce qui l'empêche de bouger pour accompagner la descente de son bébé (c'est que c'est pas tout droit !). On ralentit donc l'accouchement et on va vouloir l'accélérer en rompant la poche des eaux et/ou via des hormones de synthèse qui rendent les contractions nettement plus douloureuses (et inhibe les hormones naturelles, c'est con non ?). Il va alors devenir difficile de ne pas réclamer la péridurale (qui ralentit elle aussi souvent le travail !)... Il arrive que la rupture artificielle de la poche des eaux et l'ocytocine de synthèse soient à l'origine de tracés inquiétants au monitoring... et que tout ça se finisse en césarienne d'urgence alors que c'était un accouchement normal au départ !

Bien sûr, tous les accouchements sous monitoring continu ne suivent pas ce cheminement... Mais on comprend bien qu'il peut y avoir un effet cascade, peu importe où il commence. Pour autant, je ne m'interdisais pas la péridurale ou toute aide qui s'avèrerait nécessaire : je voulais juste me donner des chances de balayer tout ça si j'y arrivais (c'était déjà pas gagné !) sans me mettre en danger ou mon bébé, puisqu'il va sans dire que tous ces moyens peuvent vraiment être nécessaire parfois.

Accouchement : le choc des générations

Ma soeur étant passée par là avant moi, et étant encore plus "hippie" que moi, j'ai cru que le sujet serait assez facile à aborder avec mes parents. Je me souviens très bien qu'elle aurait aimé accoucher à la maison (mais elle vivait à 3/4 d'heure de la première maternité, aucune sage-femme n'accepte dans ces conditions) et qu'elle voulait éviter la péridurale (ok elle n'y était pas parvenue mais elle avait dû leur en parler !).

Pourtant, quand j'ai dit à ma mère que je comptais essayer de me passer de la péridurale moi aussi, elle a écarquillé les yeux. Elle ne m'a pas jugée mais son regard bourré d'effarement et son unique phrase ne distillant que la peur ("c'est vraiment très douloureux quand même") ne m'ont semblé d'aucune aide. On peut être surprise, inquiète, mais montrer du soutien à ses enfants dans leur démarche ou au moins poser des questions pour comprendre c'est important non ? Ce n'est pas comme si je voulais essayer d'accoucher en apnée, je souhaitais juste tenter la méthode la plus naturelle qui soit, celle par laquelle on a mis au monde les enfants des millénaires durant.

Je sais qu'à son époque on était juste contentes de pouvoir bénéficier de la péri'. Je connais aussi son histoire personnelle. Pour ma soeur ce fut une césarienne d'office car elle se présentait par le siège. Peut-être que les médecins ont programmé trop tôt la césarienne et que ma soeur se serait retournée in extremis ? Peut-être qu'aujourd'hui on tenterait par voie basse malgré tout, parce que son bassin et les mensurations estimées de ma soeur le permettaient ? Peut-être aussi que les médecins seraient parvenus à la même conclusion aujourd'hui, on ne saura jamais. Ma mère a attendu les 3 années réglementaires pour m'avoir et elle a pu vivre un accouchement par voie basse ; je pense que pour elle, c'était déjà une belle victoire, et c'en était une, c'est sûr.

Depuis la fin des années 1980, ma mère n'a pas vraiment eu l'occasion de s'intéresser au sujet, en tout cas pas d'aussi près que les femmes qui ont accouché depuis, ou que les personnes dont c'est le métier. Alors je savais qu'aborder ces sujets serait délicat, mais j'avais espéré un peu plus d'écoute et de soutien.

La pire réaction a été celle de mon père qui a fini par ne même plus nous écouter. Je souhaitais en effet m'opposer à ce que soient prodigués les premiers soins sur ma fille dès sa naissance : l'étirer pour la mesurer (ça fait des semaines qu'elle est recroquevillée quand même), la poser dans un bac pour la peser (des semaines qu'elle est entourée et au chaud), tester ses réflexes, la laver etc. Tout cela peut attendre : quelques heures, quelques jours. Avec Futur Papa, nous souhaitions pouvoir prendre notre temps, effectuer ces soins nous-mêmes aussi dans la mesure du possible : parce que quand je vois comment les nouveaux-nés sont manipulés le plus souvent par le personnel compétent, je n'y peux rien mais ça me fait froid dans le dos... Certes je vois bien qu'ils ne leur font pas de mal, mais ce n'est pas comme ça que j'imagine manipuler un bébé, encore moins mon bébé. Les mentalités évoluent sur ce sujet au sein des équipes, on laisse souvent vraiment les parents tranquilles avec leurs nouveaux-nés plusieurs heures après l'accouchement, on leur propose de faire eux-mêmes certaines choses, et j'ai aussi choisi la clinique où j'allais accoucher en fonction de ces critères. En cas de souci de santé de ma fille à la naissance, je n'entraverais certainement pas le travail des équipes médicales pour autant, c'est évident !

Tout ce que mon père a compris, c'est que je ne voulais pas laisser les sages-femmes faire leur travail. Il s'imaginait que seuls les soins nécessaires étaient prodigués et en temps voulu, et que j'assimilais la façon de manipuler les bébés à de mauvais traitements. J'ai eu beau chercher à m'expliquer c'était peine perdue, il était braqué, d'autant plus que j'ai dit avoir vu ces agissements dans des émissions à la TV : il s'agit pourtant de reportages donc on y voit bien la réalité du terrain, je n'ai pas compris le mal qu'il y avait à me baser là-dessus. Bref. Mon père avait assisté à l'accouchement pour moi à l'époque, c'était déjà beaucoup, mais je doute qu'il se soit penché sur la question plus que ça déjà au moment où il était le plus concerné. Il fait une confiance aveugle aux médecins, point barre (je comprends mieux pourquoi j'ai tant de mal à garder mon aplomb face à eux). Peut-être y avait-t-il un peu d'inquiétude à me voir m'opposer à la norme dans un domaine certes naturel mais qui touchait à ma santé et celle de sa future petite-fille.

Ce qui est étrange c'est qu'il soit né lui-même à la maison, tout comme ses frères, et qu'il ait vu des médecins attendre dans un coin que ça se passe sans intervenir tant qu'il n'y avait pas de réelle nécessité pour la naissance de certains de mes cousins, comme ça se faisait encore à une époque. Je pense que le progrès a fait rêver toute la société quand il a été adulte, aujourd'hui on voit bien qu'il y a une part de dérives, mais encore faut-il s'intéresser au sujet.

(hannahpirnie, Pixabay)

(hannahpirnie, Pixabay)

C'est une thématique que je trouve passionnante, très sujette à polémique il est vrai, d'autant plus entre générations, mais j'aurais aimé plus d'ouverture d'esprit et trouver un minimum de soutien auprès de mes parents. Qu'ils aient une opinion différente ne me choque pas, mais encore faut-il pouvoir discuter et ne pas croire savoir de quoi on parle sans s'être vraiment intéressé à la thématique... Nous n'avons pas insisté, il a fallu tant bien que mal changer de sujet alors que c'était bien ce qui nous intéressait le plus à ce moment-là !

 

Trouvez-vous qu'il soit difficile d'échanger sur ce sujet ? Avez-vous aussi des difficultés de communication avec vos proches sur des sujets qui vous tiennent à coeur ?

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maman délire 15/06/2017 13:20

mais... tu parles de mes parents là non ? enfin non j'exagère un peu, surtout de mon père... ma mère n'a jamais cherché à m'imposer ses idées... quoi qu'il en soit, je crois que c'est d'autant plus difficile d'aborder certains sujets en famille car malgré tout tes parents restent tes parents, et ils s'inquiètent pour toi... et voir ses enfants faire d'autres choix que les siens quelque part ça doit être difficile a accepter ( je t'en dirais plus dans quelques années !!) bref, nous sommes une génération qui remet en cause beaucoup de choses, que celle d'avant qui n'a pas forcement cherché (comme tu disais par exemple la confiance en la médecine occidentale ect....) et tu l'auras compris, j'ai le même genre de dialogue de sourd avec mon père... je te souhaite un très bel accouchement en tout cas !

LeMerlanFrit (Fanny) 15/06/2017 14:25

Haha beh écoutes à moins que mon père ait une famille cachée, faut croire que beaucoup de papas sont bornés ! (la question est : les hommes qu'on aura fait passer au statut de pères seront-ils pareils ? n'entretient-on pas un fléau ?? :D)
J'ai l'impression que ça empire avec les années, ça promet ! J'espère juste qu'on sera pas comme ça avec nos propres enfants, va falloir rester à la page ! (ou à défaut être à l'écoute et poser des questions pour comprendre)
Je crois qu'il y a aussi un petit effet "parent" dans le sens qu'ils pensent toujours avoir des choses à nous apprendre et que l'inverse n'est pas possible. Il veut toujours croire que je vois le mal partout et on dirait qu'il a peur que je n'avance pas dans la vie en allant parfois à contre-courant ou en laissant mon caractère s'exprimer... je suis pourtant loin de la crise d'ado ! Bref, je retiens que c'est triste de ne pouvoir échanger sur des sujets qui nous tiennent à coeur. Parfois ça clash et on en discute quelques heures après, mais j'en viens quand même à éviter certains sujets pour m'épargner cette peine !

MamanSurLeFil 15/06/2017 07:19

Il est super intéressant ton article ! J'admire les femmes qui font une démarche vers des accouchements plus naturels ! Ici, je suis trop angoissée et l'entourage médical me rassurait... De tout façon, j'ai eu des fins de grossesse et des accouchements compliqués. Il n'en était donc pas vraiment question... Bref, les sociétés évoluent, parfois vite, et l'être humain en a parfois peur... Le connu est un confort, l'inconnu est angoissant !

Bref, respecte tes choix, impose les en douceur, et c'est ton accouchement, ton corps, alors assume tes décisions... Je comprends que tu sois déçue de la réaction de tes parents, mais peut-être changeront-ils d'avis quand ils verront que tout s'est bien passé !

Bonne journée

Virginie

LeMerlanFrit (Fanny) 15/06/2017 08:25

Merci Virginie :D
A chacune de trouver ce qui lui convient, et quand il y a urgence, il n'y a pas le choix et heureusement que toutes ces techniques existent !
C'est vrai qu'on a souvent peur des innovations, là ce qui est assez drôle c'est qu'on ait peur d'un retour à ce qui se faisant avant les innovations tout en les gardant à portée au besoin.
Heureusement mes parents n'interfèrent pas dans mes choix, c'est juste la discussion qui se retrouve bloquée et c'est dommage, mais ils ne m'en ont plus reparlé ensuite, ça doit être une forme de respect même s'ils ne comprennent pas !
Bonne journée à toi :)

Et dans ces mots 14/06/2017 22:15

Je tiens juste à souligner un point : ce qu'on voit dans les reportages n'est pas forcément la réalité. On voit les images à un instant T, sans voir toute la situation et tout le contexte, on nous montre un peu ce qu'on veut.

Pour le reste, le dialogue entre générations n'est pas toujours facile. Pourtant autant, ton projet de naissance et le tien et je pense que c'est important que tu le mènes comme tu veux. Même si j'imagine qu'avoir le soutien de tes parents aurait été plus agréable...

LeMerlanFrit (Fanny) 15/06/2017 08:17

Oui c'est sûr qu'on ne nous montre pas tout tu as raison, et puis ça dépend toujours des personnes, il y en a de plus douces que d'autres.
C'est clair que ce n'est pas le seul sujet difficile, mais un projet d'accouchement ça peut prendre aux tripes alors c'est dommage d'être trop vite jugée par ses proches :/

Rozie 14/06/2017 17:13

Comme je te comprends !

Je n'ai pas accouché et n'accoucherai sans doute jamais, mais ça ne m'a pas empêchée de fortement m'intéresser au sujet. J'ai appris des choses tout simplement passionnantes sur le corps des femmes et l'accouchement naturel, et il est évident pour moi que si un jour, j'aurais à faire face à cette situation, j'accoucherais "normalement" (comprendre naturellement).

Je vois peu mes parents aussi, et brièvement à chaque fois. J'ai beaucoup d'amour pour eux, mais je ne sais pas si c'est un choc des générations ... On se comprend de moins en moins. Je les irrite gravement que je parle des bio, de végétarien, de retour au naturel, d'écologie, et ce genre de choses ... Surtout mon père. Ca l'agace terriblement.

Je me dis que c'est parce que eux ont vécu avec toutes les grandes avancées technologiques, qui, dans tous les domaines, étaient perçues comme magiques, géniales. Ils ne peuvent peut-être pas comprendre ce besoin de retour en arrière, je ne sais pas ...

J'espère que ça va mieux depuis !

Bises !

LeMerlanFrit (Fanny) 15/06/2017 08:17

C'est tout à fait ça, on finit par savoir qu'il ne faut même plus aborder tels sujets, alors qu'ils nous intéressent beaucoup, c'est d'un triste... Je pense aussi que leur génération a trop baigné dans la période de faste des nouvelles avancées, alors que le principe de précaution ne traversait même pas les esprits :/
Bises Rozie :)