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Tranche de merlan

Cachez ce premier trimestre que je ne saurais voir

25 Août 2016, 08:11am

Publié par LeMerlanFrit

(AllClear55, Pixabay)

(AllClear55, Pixabay)

C'est le dernier article que je consacrerai précisément à ce premier trimestre de grossesse, rassurez-vous, mais je voulais revenir sur un sentiment que j'ai eu quant à la façon dont on doit le traiter.

En effet, on lit partout qu'il faut garder le secret de notre grossesse pendant ces fameux 3 mois, du fait qu'elle a des chances de s'interrompre plus importantes à cette période. Bien sûr il s'agit d'un choix, surtout en ce qui concerne la famille et les amis.

Pour cette composante, j'ai choisi de ne rien dire, à part à 2 amis proches. Ma logique, personnelle entendons-nous bien, est que si je devais vivre une fausse couche et toute la déception qui l'accompagne, je préférais partager ces difficultés avec les personnes auxquelles je me confie le plus habituellement (et chez moi ce n'est pas un membre de ma famille, c'est ainsi). Mais je ne voulais pas faire vivre la même euphorie suivie de la même déception à ma famille et mes amis en général en cas de problème. Je leur en aurais sûrement parlé après coup bien sûr, et même s'ils auraient très certainement été touchés au moins je leur aurais épargné l'ascenseur émotionnel. Tout ça se discute (avec Futur Papa notamment), et mon avis n'était pas non plus hyper tranché sur la question.

(Unsplash, Pixabay)

(Unsplash, Pixabay)

Bizarrement là où cette logique de ne rien dire m'a davantage gênée, et je ne m'y attendais pas vraiment, c'est au travail. Je ne m'étais jamais trop posée la question jusque là parce que de prime abord le fait de ne rien dire me semblait protéger la vie privée des salariées, ce qui est louable. Mais en expérimentant la situation, je ne l'ai pas vécu de cette façon.

Comme je vous l'ai expliqué quand je vous ai décrit mes symptômes, je me suis sentie particulièrement fatiguée et barbouillée pendant ces 3 premiers mois. Mais au travail, vu qu'il ne fallait pas encore annoncer la nouvelle, j'ai dû faire comme si de rien était. Et j'ai trouvé ça vraiment dommage.

Qu'on soit bien d'accord, je n'aurais pas voulu qu'on s'apitoie sur mon sort et je ne suis pas du genre à me laisser abattre par des difficultés même de santé. Mais dans la grossesse, il y a quand même une composante essentielle : c'est le bébé ! Qu'on veuille prendre sur soi quand on a un coup de moins bien pour rester au niveau dans son travail, ça me semble normal (sauf si ça ne va vraiment pas bien, il faut aussi savoir s'écouter et se respecter). Mais qu'on s'efforce de ne pas écouter son corps pour donner le change alors qu'un petit être qui ressent beaucoup de choses grandit en nous et que sa vie in utero influe aussi sur sa vie future, là je trouve qu'il y a un souci !

(Concord90, Pixabay)

(Concord90, Pixabay)

Me forcer à sourire alors que certains jours mon malaise me retournait complètement, devoir me cacher pour m'allonger une demi-heure entre midi et deux... Il y a ce sentiment d'annihilation de mon état qui est apparu, moi qui déjà ai besoin de réaliser, voire presque d'accepter par moments, cette grossesse (je vous rappelle ma vision un peu particulière de la chose ici) ; voire quasiment comme un sentiment de honte dans le fond, à devoir se cacher (et encore je n'avais pas de nausées proprement dites, ce que ça doit être galère !!). J'ai aussi eu l'impression, peut-être à tort hein, qu'on essayait par là de préserver la communauté de travail des drames que sont les fausses couches, comme un tabou sociétal (ce qu'elles sont un peu à lire des choses sur le sujet).

Pourtant, là où nos collègues en apprenant après coup la nouvelle resteraient sûrement dans leur coin en multipliant les "ah la pauvre" dans notre dos (ou "les pauvres" pour nous qui travaillons dans le même service avec Futur Papa) en ne sachant pas comment réagir, des collègues qui auraient été au courant dès le départ auraient peut-être plus de facilité à ressentir de l'empathie et à avoir un comportement plus approprié, il n'y aurait pas tant cette impression de tabou, enfin c'est ce que j'imagine.

Ces sentiments, d'annihilation voire de honte, ne sont en tout cas pas les bienvenus au début d'une telle aventure, et faut-il le rappeler pendant le tiers de cette aventure...

D'ailleurs quand j'y pense, je trouve que que c'est pareil pour nos menstruations. Une fois, j'ai lu le blog d'un groupe de musique que j'aime bien notamment formé d'un couple. L'homme disait que lorsque sa compagne avait ses règles, il était aux petits soins pour elle et la laissait ralentir son rythme pour passer au mieux cette période, qui est quand même très difficile pour certaines d'entre nous. Mais dans nos sociétés il ne faut pas le souligner ou espérer la moindre considération à ce moment-là non plus (souvenirs de collège en cours de sport : pliée en deux et obligée de porter des serviettes, le crédo de la prof c'était de prendre un spasfon et de subir). Je comprends le long combat qui nous permet petit à petit d'égaler les hommes, mais je trouve dommage qu'on ne puisse pas s'écouter tout en y parvenant. Il devrait pouvoir y avoir un juste milieu.

(StartupStockPhotos, Pixabay)

(StartupStockPhotos, Pixabay)

Ce que j'aurais aimé en fin de compte, c'est que mon entourage professionnel (a minima mes supérieurs et les collègues avec lesquels je travaille en direct) connaisse ma situation pour que je puisse lever le pied, me reposer quand j'en ressentais le besoin, et soit compréhensif face à mon malaise permanent et le prenne en compte. A ne surtout rien vouloir dire au travail, comme je vous le racontais ici, j'ai quand même failli tomber dans les pommes en mission sur le terrain et j'ai fait une petite intoxication alimentaire pour n'avoir pas osé spécifier la cuisson de ma viande au restaurant avec un collègue... Le souci à dire simplement les choses dès le début, je le sais, c'est que les gens auraient commencé à se mêler de ce qui ne les regarde pas, comme cela arrive souvent dès le moment où on annonce la nouvelle. Et à aucun moment nous n'avons besoin de ça. Malgré tout, je crois que ça aurait été un moindre mal.

Vous me direz, rien ne m'interdisait d'en parler dès que je le souhaitais en soi, il y a pas de loi pour ça, mais on sent vraiment que ce serait inapproprié. D'ailleurs, tout est fait selon cette logique puisque même le certificat de grossesse ne nous est remis qu'à l'issue du premier tiers de la grossesse. Pour moi c'est un peu comme si la société toute entière voulait fermer les yeux sur la pénibilité des premiers mois voire les drames que vivent toutes ces femmes et tous ces couples lors d'une fausse couche. Elles ont été enceintes ces femmes, je trouve ça fou de ne pas pouvoir se déclarer enceinte plus tôt, qui plus est auprès de la sécurité sociale. Le médecin est au courant et peut certes nous faire un arrêt de travail au besoin, et on en parle à qui on veut, mais pas au reste du monde. Je sais que certaines ont apprécié que ce soit leur petit secret, mais je crois quand même que quand on se force à le cacher dans certaines situations et pour une si longue période, ça peut ne pas être très bon ni pour le bébé, ni pour la maman. Il ne me semble pas avoir lu ce genre de témoignage auparavant, mais en tout cas c'est mon ressenti.

 

Et vous, mamans ou pas, qu'en pensez-vous ?

(PublicDomainPictures, Pixabay)

(PublicDomainPictures, Pixabay)

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Marie-line 20/10/2016 18:50

Bonjour,ce témoignage me parle énormément .je suis actuellement enceinte de 8 semaines de bb2.aide soignante en psychiatrie pour ma premiere je l'avais dit tres vite effectivement des que j l'ai su en fait .j'ai pu être protéger par mes collègues lors des crises d agitation et être préservée de manipuler les patients lourd physiquement ayant besoin d'aide totale.pour ce bb2 il y a 6 ans d écart et j ai changer de service le contexte est particulier car j ai passer le concours infirmier et je serait financer l année prochaine juste après mon congés mat (timing parfait)mes collègues ne s attendait pas vraiment à ce que je fasse un bb et j'appréhendais leur réaction.j ai donc garder le secret assez longtemps,je portais le bip d urgence en priant pour que je ne parte pas en renfort.quand je manipulé les personnes lourdes je me disais pourvu qu il tienne le coup .je ressentais tout ce que vous décrivez dans l'article et notamment la honte et un matin j ai craquer je l ai dit et la ,la libération!!!!!!!mes collègues ont super bien réagit et on eu le réflexe de me protéger :interdit de renfort et privilégier les prises en charge plu légère .je ne sais pas de quoi est fait demain mais une chose est sure moi qui allait travailler la boule au ventre j y vais plus libéré et quoi Qu il arrive je sais Qu ils me soutiendrons.pour la famille on ne l a pas encore dit juste quelques amis tres proches sont au courant .

LeMerlanFrit 20/10/2016 21:24

Merci pour ton témoignage Marie-Line !! Ça doit faire drôle de l'annoncer à des collègues avant de le dire à la famille, mais ce n'est pas le même but. Dans des métiers comme le tiens ça me semble d'autant plus important de pouvoir en parler tôt, et c'est génial que tu aies pu. C'est vrai que dans mon boulot c'était moins gênant, mais je trouve ça malgré tout dommage de tout annihiler :/
Espérons que les choses évoluent et qu'on se sente plus libres d'en parler rapidement si c'est notre souhait !

Rozie 26/08/2016 10:53

Je ne suis pas enceinte et ne compte pas l'être mais je comprends ce que tu ressens !
Au travail, impossible de calmer le rythme quand on en a besoin. Soit tu arrêtes au moyen d'un arrêt maladie en bonne et due forme, soit tu t'acharnes. Or notre corps n'est pas une machine, il y a des hauts et des bas et en tant que femme .. Ca peut parfois vraiment être rude. Je me doute que les premiers mois d'une grossesse (et les autres) sont particulièrement éprouvants. Pour ma part, face à mes périodes de règles de plus en plus douloureuses je ne sais pas comment faire ... Une fatigue et une douleur insoutenables m'empêchent toute concentration et rester debout est une épreuve. Ces jours-là, je ne suis pas en reste de connerie, je n'arrive pas à garder un objet dans mes mains mais comment l'expliquer à mon patron qui s'énerve en me demandant de faire plus attention ?
Cacher les premiers mois de sa grossesse par crainte d'une fausse couche .. C'est à double tranchant. J'avais dans mon entourage une femme qui ne l'avait pas caché et elle avait perdu son bébé. On ne l'a plus revue. Elle ne sortait plus de chez elle parce qu'elle ne supportait plus qu'on lui demande comment se passait la grossesse. Le cacher permet effectivement de se préserver de ce genre de déconvenue.
Cela dit, si je devais faire un choix, je le dirai dès le départ. La fausse couche n'a pas à être un tabou et si les gens s'immiscent trop dans ta vie, tu les recadres. Pas toujours évident mais ça permet comme tu le dis de lever le pied sans avoir honte.

LeMerlanFrit (Fanny) 26/08/2016 13:57

Ouais il y a vraiment une sacrée marge d'amélioration dis-donc... Tu ne peux même pas le dire à ton chef et espérer que l'information soit traitée comme elle devrait, c'est tabou et pourtant c'est vécu par la moitié de la population chaque mois en pleine période d'activité professionnelle !
Quelle tristesse pour la femme que tu as connue. Les fausses couches sont très courantes et font partie de la vie malheureusement mais beaucoup de femmes sont mal informées ou pensent que ça n'arrive qu'aux autres, encore la faute à cet effet de tabou !!
Tu as sûrement raison, les choses changeraient peut-être si de nous-mêmes nous changions les habitudes. Encore faut-il ne pas avoir affaire à des gens vraiment trop bêtes en face, mais à mon travail je pense que j'aurais pu. Je craignais un peu de renvoyer l'image de la fille qui veut qu'on la considère particulièrement parce qu'elle est enceinte alors que toutes les autres à qui ça arrive prennent sur elles. C'est vraiment pas évident.