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Tranche de merlan

Perdre son meilleur ami

14 Avril 2016, 12:55pm

Publié par LeMerlanFrit

Ce n'est pas une de ces histoires croustillantes, de deux personnes très proches qui finissent par déraper. Ce n'est pas non plus une de ces histoires choquantes, bouillon de trahison mêlé de sales coups ou de personnalités qui se révèlent sous un jour nouveau et monstrueux.

C'est une histoire banale de relation qui meurt à petit feu : à force d'oublier d'ajouter des bûches, de nourrir de petit bois et même simplement de souffler dessus. La distance n'y est pas étrangère, mais le manque de volonté reste le premier responsable.

(Unsplash, Pixabay)

(Unsplash, Pixabay)

J'ai nié l'évidence pendant plus d'un an, redonné d'innombrables chances, espéré bien plus qu'il n'aurait fallu. Je suis passée par des moments de colère qui retombaient en océans de tristesse, des abîmes qui me semblaient sans fond. Chaque fois, j'exprimais ma douleur et obtenais de nouvelles promesses que je ne réclamais même plus sur la fin. Toutes bafouées.

Les dernières fois, la colère n'était plus là, la résignation avait déjà pris sa place sans que je ne m'aperçoive de rien. La tristesse restait sa compagne. Mais je voulais toujours croire qu'un déclic allait se produire.

(pixel1, Pixabay)

(pixel1, Pixabay)

J'ai été à deux doigts de couper les ponts. Des semaines sans nouvelles, de messages sans réponse, tout en montrant des signes de vie sur les réseaux sociaux. Le jour où j'allais passer à l'acte en automne dernier, c'est le jour où il m'a annoncé avoir prévu des vacances chez nous si c'était possible, chose qui n'arrivait plus qu'une fois tous les 1-2 an(s). Je sentais déjà mes forces très faibles, mais j'acceptais.

Il y a deux semaines, le rendez-vous téléphonique manqué de trop ; toujours sans prévenir, toujours sans excuse dans les jours qui suivent. J'ai beau être persuadée qu'il ne fait vraiment pas exprès, et qu'il est très sincère dans ses sentiments et ses envies de mieux faire, les dires ne suffisent plus, les actions concrètes sont aux abonnées absentes depuis si longtemps et en si grand nombre...

Je prépare alors un brouillon qui porte le mot "ultimatum", quand déjà par le passé il a été induit sans être explicitement mentionné. Je me laisse le temps de la réflexion, je sais bien qu'il ne faut pas agir sous le coup de l'émotion. Ce laps de temps n'a pas l'effet habituel, j'accepte enfin de m'écouter. Il ne peut y avoir d'ultime chance : elle est déjà passée, je réalise que j'ai tout épuisé. Absolument tout. Je n'ai plus la moindre parcelle de force concernant cette relation.

(Unsplash, Pixabay)

(Unsplash, Pixabay)

Et pourtant, je n'ai pas claqué la porte. Je l'ai simplement laissée entrouverte, comme je la laisse pour la plupart de mes connaissances, qui me la laissent en retour : les fameux contacts sur Facebook avec qui on ne partage pour ainsi dire rien, mais qu'on ne supprime pas, même en faisant un coup de ménage dans sa liste d' "amis" de temps en temps. Simplement, je n'attends plus rien. Je ne pensais pas en être capable, je craignais que laisser la porte entrouverte ne me pousse encore à espérer. Mais le travail de deuil a déjà eu lieu, en sous-marin, je ne m'en suis pour ainsi dire pas rendue compte. La relation a évolué, il fallait l'accepter.

Je lui ai simplement signifié où j'en étais, j'ai demandé à ne plus l'entendre prononcer les surnoms qu'il me donnait, et à ne plus formuler de promesses, si petites soient-elles (à l'instar du "je t'appelle demain", si brut, comme un présent de vérité générale). J'ai précisé que j'imaginais possible de faire renaître cette amitié, s'il fournissait les efforts nécessaires je pense effectivement que c'est faisable. Mais comme le deuil s'est fait tout seul, cette renaissance se ferait toute seule elle aussi, jamais plus je n'irai me convaincre que c'est de cela qu'il s'agit et me pousser à espérer. Cette amitié renaîtra ou restera un tas de cendres. Je ne serai plus là à me battre avec mes pierres pour produire des étincelles, elles ont disparu à force de frottements.

(geralt, Pixabay)

(geralt, Pixabay)

Je jette un oeil aux étapes du deuil et réalise que c'est effectivement ce par quoi je suis passée : déni, colère, tristesse, résignation, acceptation... reconstruction.

Mon prochain voyage me fait passer près de chez lui à la fin du mois. J'en avais vaguement parlé il y a peu, avant le chapitre de clôture. Je me suis demandée si je voulais encore m'arrêter. Je me suis positionnée face à un de ces contacts à qui je laisse la porte entrouverte... et j'ai décidé de lui dire que je pouvais faire un arrêt. Et j'arrive à ne plus rien en attendre. Les maux de ventre ont disparu, les noeuds dans la gorge aussi, il n'y a plus de larmes qui viennent ne serait-ce que border mes yeux. J'ai accepté ce qui était depuis déjà si longtemps. Et je passe à autre chose.

(Alexas_Fotos, Pixabay)

(Alexas_Fotos, Pixabay)

Si vous aimez sincèrement vos amis, faites ce qu'il faut pour maintenir votre amitié, c'est comme une relation de couple, ça s'entretient. Chaque relation peut fonctionner un peu à sa manière mais pour moi il faut pouvoir compter l'un sur l'autre, se faire confiance, être honnête, à l'écoute, échanger assez régulièrement que ce soit pour partager un peu de quotidien ou parler de sujets qui nous tiennent vraiment à coeur, montrer du respect : il arrive à tout le monde d'avoir des empêchements, prévenir ou s'excuser après coup et se montrer à la hauteur la fois suivante me paraît une évidence.

Donnez-vous des moyens à la hauteur de vos sentiments et si ce que vous recevez en retour ne vous convient pas, parlez-en. Toutes les relations évoluent, l'accepter peut être difficile, mais il faut y parvenir et redéfinir les contours.

 

Avez-vous déjà perdu un de vos amis proches à cause de la distance ? Êtes-vous parvenus à garder cette personne dans votre vie ? Que faites-vous pour entretenir vos amitiés ?

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Esmerine 22/06/2016 01:01

Coucou Miss,
Tu as raison. On devrait faire le nécessaire pour préserver nos amitiés.
En fait, ton article m'interpelle car j'ai la sensation d'être de ceux qui n'entretiennent pas vraiment leurs amitiés.
Pour les plus proches, j'essaie de les voir, mais pas trop souvent. Pour ne pas les lasser. Pour les plus éloignés et les plus occupés, je peux ne pas les voir pendant des mois, ou des années. Ne leur passant qu'un ou deux coups de fil par semestre, et pourtant lorsque je les retrouve, c'est comme si nous nous étions vu hier. Idem pour eux. Et je trouve cela fantastique ! Le jour où les uns et les autres en ont besoin, nous répondons tous présents.
Pour ma part, une amitié, c'est un échange sincère et profond, d'égal à égal. J'ai parfois été déçue par des personnes se disant proches et qui au final, ne me côtoyaient que par intérêt. Alors bon, je me suis fermée...
Par contre, ton article me rappelle les mots d'une personne à qui je tiens, mais qui ne doit pas connaître mon point de vue. A moi, maintenant de comprendre le sien en retour.
J'ai peu d'amis véritables. Certains m'ont sauvée la vie sans le savoir. Peut-être serait-il temps de me bouger pour ranimer la flamme...
Merci pour cette ouverture de n'oeils, lol. Et je te souhaite une histoire à la fin heureuse ❤

MischievousFairy 22/06/2016 08:49

Ce que tu décris me semble très sain en fait ! Comme je disais il faut avoir les mêmes attentes des deux côtés et se donner les moyens de les atteindre. Si c'est s'appeler moins de 5 fois par an et être là les uns pour les autres, que ça convient à tous et que vous le faites, c'est parfait !!
Je ne pense pas non plus qu'il y ait de modèle qui s'adapte à tous. On vit chacun les relations différemment et on a soi-même différents types d'amitiés avec les gens. Ma difficulté avec ce meilleur ami est qu'à une époque on était très proches, on s’appelait presque tous les jours. Petit à petit on avait convenu qu'une fois par semaine ou toutes les 2 semaines c'était suffisant avec nos vies qui se construisaient chacun de notre côté. On voulait vraiment la même chose, mais lui ne s'en donnait absolument pas les moyens et me blessait continuellement.
Je me suis arrêtée une petite heure sur mon trajet comme prévu, je ne savais pas s'il voudrait parler de tout ça en face à face mais j'ai réussi à n'avoir aucune attente. Il a fait comme si de rien n'était et continue depuis un peu comme avant, les promesses d'appeler en moins, c'est nettement plus sain à vivre pour moi.
Effectivement avec cette personne il semble que vous n'ayez peut-être pas les mêmes attentes, ça vaudrait le coup d'en discuter. Je n'en ai quasiment pas d'autres d'amis véritables non plus, et je n'étais en réel contact qu'avec lui. C'est ce qui a empiré ma façon de vivre les choses, ce n'était pas de son fait mais en revanche il le savait.
Bref, les amitiés ça a toujours été difficile pour moi. Trop de déménagements qui m'ont fait perdre tout le monde à chaque fois en grandissant, un groupe d'amies qui s'est retourné contre moi du jour au lendemain. Je ne fais pas assez non plus pour maintenir le contact avec la plupart des gens qui comptent pour moi, on se contente de Facebook, d'essayer de se croiser à l'occasion. Mais je sais que je peux compter sur certains malgré tout et que ça leur convient aussi comme ça.