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Tranche de merlan

"Marche en fixant le sol à 2-3m devant toi"

7 Juillet 2015, 09:02am

Publié par LeMerlanFrit

On voit fleurir pas mal d'articles sur le harcèlement de rue en ce moment. Ce serait trop simple que les rédactrices y exposent des généralités, mais en fait elles ont toutes des expériences personnelles à raconter ; expériences qui font froid dans le dos.
Des façons de se faire aborder assez dégradantes qui virent généralement aux insultes, aux types qui se frottent sous couvert d'endormissement ou de rame bondée, il y en a pour tous les goûts niveaux d’écœurement.

Pendant que je les lis, je cherche mes propres expériences en la matière... et je n'en trouve pas, ou si peu.

Cherchent-elles à prendre des photos ou à se faire sauter dans la prochaine impasse ? Il y a aussi 3 hommes en short sur cette photo... (Unsplash, Pixabay)

Cherchent-elles à prendre des photos ou à se faire sauter dans la prochaine impasse ? Il y a aussi 3 hommes en short sur cette photo... (Unsplash, Pixabay)

Il y a 10 ans (arghhh), lors de ma seule et unique sortie en boîte en fin de lycée, un mec m'a collé la main aux fesses en me croisant, le regard noir que je lui ai collé en me retournant a suffit à le faire filer, mais je ne m'en étais pas moins sentie un peu souillée, parce que c'est mon cul quand même, pas mon épaule quoi (et n'ayant pas eu de copain jusque là, on peut dire que c'est le premier mec à m'avoir mis la main aux fesses, quelle douce première !).

Il y a 6 ans, à l'époque où j'ai vécu quelques mois dans un quartier chaud de Toulouse, j'aurais préféré ne pas me faire alpaguer par les petites-frappes-dealers-morts-de-faim du coin, alors que je rentrais chez moi le soir après une soirée avec des amis ; ne pas avoir à accélérer le pas au même endroit un autre jour et me dire que la jupe courte était peut-être abusée.

Depuis, plus rien ; sorti des un ou deux SDF qui ont dû me dire que j'étais charmante d'une voix libidineuse, et peut-être de 2-3 sifflements.

Si ce n'est ce collègue qui, chaque matin, me regarde droit dans le décolleté (que je n'ai pourtant pas très fourni !) pour me faire la bise (il a semble-t-il dans ses hobbys la photo de nu, mais bon, j'ai pas demandé à être modèle !).

Et si ce n'est que depuis quelques années que je suis avec mon copain, il me rapporte souvent que tel mec qu'on a croisé dans la rue m'a matée comme si j'étais un bout de viande et comme si personne ne le voyait faire (#baveauxlevres #memepashonte). Je n'avais rien remarqué. Je ne le remarque jamais. Je suis trop occupée à regarder où je marche.

Je ne croise jamais les regards dans la rue, je ne regarde d'ailleurs pas les gens autour de moi. Je fixe le sol, à 2-3m devant moi. Si j'ai l'impression que je risque de me prendre quelqu'un, je relève les yeux pour mieux évaluer sa vitesse/trajectoire, mais je regarde généralement à hauteur d'épaule, pour ne pas croiser le regard.

La même, le téléphone dans les mains en moins (Ferobanjo, Pixabay)

La même, le téléphone dans les mains en moins (Ferobanjo, Pixabay)

Je ne manque pourtant pas de confiance en moi, je n'ai pas de phobie sociale. Je crois surtout que, n'aimant pas moi-même être dévisagée, je m'efforce inconsciemment de ne pas regarder les autres.

Dans les transports en commun, il est plus difficile de ne pas regarder les gens, mais mon cerveau s'y efforce quand même, et je me retrouve à essayer de regarder au-dehors, lire les affiches publicitaires placardées dans la rame, quand ce n'est pas l'état du plafond... Autant vous dire que j'ai horreur du métro parisien : on ne peut généralement pas regarder au-dehors avec ces tunnels noirs, moches et déprimants, et l'état de beaucoup de rames ne donne plus envie de toucher à rien.

Dans ma grande naïveté, quand j'entends siffler ou une accroche pour le moins pas subtile du tout dans mon dos, je prends rarement ça pour moi, j'imagine que c'est à l'adresse de quelqu'un d'autre, et donc je mêle ça au bruit ambiant et poursuis ma route sans me retourner. Si par contre je sais qu'il n'y a personne d'autre autour et que ça m'est donc destiné, n'ayant pas la personne dans mon champs de vision, j'ai tendance à faire comme si je n'avais rien entendu (plus difficile si le mec se met à gueuler ou à nous suivre). Mais comme je disais, ça ne m'arrive plus.

Il faut dire qu'en plus de regarder le sol à quelques pas devant moi, je marche vite et d'un pas décidé. Tout le temps. Ma mère doit encore se souvenir d'une virée shopping avec ses deux filles, leurs grandes jambes, et la rue Sainte-Catherine bondée de Bordeaux (plus d'1 km) dévalée en 10 minutes (c'était le trajet retour bien sûr...).

Le fameux espace "public"

Le fameux espace "public"

Vitesse+regard plaqué au sol, ça n'est pas ce qu'il y a de plus engageant. Mais bon hein, il y en a que ça ne gêne pas, qui doivent en accoster une toutes les deux minutes avec leurs sous-entendus nauséabonds (c'est un métier ? parce qu'on dirait qu'il y en a qui y passent leur journée..), et dont on se passerait bien. Je dirais bien que ma méthode marche bien, mais si vous aimez observer les gens (ce que je comprends aussi), vous n'allez pas changer pour quelques énergumènes. De mon côté je m'en tiens à l'adage "l'ignorance est le plus grand des mépris", parce que souvent je le fais inconsciemment et pour d'autres raisons comme je viens de l'évoquer.


J'aimerais bien pouvoir prendre le temps de leur expliquer calmement les choses, mais je n'ai pas foi en leurs capacités de changement à ces gens-là, surtout qu'il y a souvent un effet de groupe (le même, tout seul, ne dira généralement rien). Le réflexe avec mon chéri, c'est de se dire que ce sont des animaux. Je retire généralement le qualificatif d'homme à ce genre de personne, je lui préfère celui de "mâle". Et parité oblige, je fais pareil pour les femmes : mon ex-chef qui se mord la lèvre en détaillant mon conjoint de haut en bas (même pas par derrière hein, il lui disait bonjour en la croisant et en la regardant dans les yeux) ? Ce n'est pas une femme pour moi, c'est une femelle. Et je crois qu'on ne peut rien pour elle, ni pour eux. Il ne reste plus qu'à compter sur l'éducation des futures générations pour que ce genre de phénomène finisse par reculer.

Et vous, vous avez une tactique dans ces cas-là ? Est-elle consciente ? Suis-je la seule à éviter les regards naturellement ? Racontez-nous !

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