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Tranche de merlan

Ca ne tient pas debout... Goodbye Christine

28 Juillet 2015, 17:46pm

Publié par LeMerlanFrit

Avez-vous parmi vos amis des gens de qui vous vous êtes sentis proches vraiment très vite ? J'ai l'impression que ça n'arrive pas si souvent que ça ; ça se rapprocherait assez d'un coup de foudre en fait ? version amitié...

J'ai ressenti ça justement une fois il y a quelques années. Le courant est passé très vite, la complicité s'est installée tout de suite, et en plus il s'est avéré qu'on avait beaucoup de goûts communs et même des traits de caractère, toutes deux à la fois introverties et excentriques.

(AlexVan, Pixabay)

(AlexVan, Pixabay)

On a malheureusement pas pu se côtoyer longtemps dans la vraie vie, mais on a continué à échanger à distance, jusqu'à ce que un, puis deux malentendus fassent tout vaciller et qu'elle décide de couper les ponts. Elle avait mal interprété certaines choses que j'avais dites, et ne m'avait pas laissé l'occasion de clarifier mes propos.

Plusieurs années se sont écoulées et elle a réapparu d'elle-même, il y a quelques mois. Le malentendu en question était oublié, on était toutes les deux très contentes de se retrouver, même si, de mon côté, je sentais que j'avais besoin d'un peu de temps pour être en confiance et ne plus m'inquiéter de risquer de la perdre à nouveau pour rien.

Je n'ai malheureusement pas eu le temps pour cela. Lorsqu'elle est revenue vers moi, elle sortait d'une séparation douloureuse et se retrouvait sans revenu, donc dans une situation délicate.

Vous savez comme notre esprit carbure souvent à cent à l'heure et vagabonde même parfois en freestyle complet ? On bug alors de temps en temps sur une pensée qui nous a traversé l'esprit, en mode : "what?! à quoi est-ce que je viens de penser là ? n'importe quoi !" Ça me le fait souvent, j'aime bien laisser mes idées vagabonder, des fois ça forme des pensées qui me font rire tellement elles sont absurdes (euh je suis pas toute seule, hein dites ?!). Bref, quand elle m'a décrit la situation, mon esprit a fait un détour non désiré par les cases : et si elle revenait vers moi juste parce qu'elle se sent seule ? ou (pire encore) si c'était juste parce qu'elle risque d'être dans la m**** ? J'ai appris à ne pas accorder d'importance à ces pensées fugaces qui ne reflètent pas ce que je pense.

Sachant en plus que c'est quelqu'un qui manque maladivement de confiance en elle, elle était au plus mal. Pour être plus précise, elle est atteinte de phobie sociale, c'est-à-dire qu'elle vit dans la peur de l'autre, pensant constamment être jugée : c'est donc un manque de confiance en soi poussé à son paroxysme, allant jusqu'à entraîner chez certains un isolement total. Elle connaissait son problème, ce qui est déjà un bon point, voyait un psy pour ça, ce qui est encore mieux. Mais elle passait par des phases où elle se répétait qu'elle ne sortirait pas de ce mal-être et... qu'il valait mieux en finir. Elle avait perdu son pilier lorsque sa relation amoureuse s'était terminée, et elle était effondrée.

Elle avait donc réellement besoin de soutien et de présence rapidement, donc j'ai mis au silence ma nécessité d'avoir un peu de temps pour être en confiance, générant ainsi un léger malaise intérieur, qui a fait resurgir les questions débiles ci-dessus de temps en temps, sans trop y accorder d'importance. Après tout, j'étais face à quelqu'un qui avait compté pour moi et de qui je pouvais me sentir très proche potentiellement ; elle n'allait pas bien, je voulais évidemment l'aider à se sentir mieux avant tout.

Moi qui sais faire preuve de beaucoup d'empathie, d'écoute, tout en analysant généralement assez justement la psychologie de mes interlocuteurs (en primaire je réglais beaucoup de différents, au collège on me disait que je devrais faire psy), là, j'étais archi-paumée. Comme tout le monde je pense, j'ai connu des personnes aux pensées suicidaires à l'adolescence, j'en ai vécues moi-même. J'ai appris petit à petit que l'ado finira par s'en sortir par lui-même et en sortira d'ailleurs plus fort, sauf cas plus extrêmes. Avec un adulte que vous savez intelligent, bourré de talents et de qualités, qui ne se complaît pas dans le rabaissement de soi pour crier au secours, il est nettement plus dur de savoir quoi faire. Je me suis souvent sentie démunie, mais je ne voulais pas baisser les bras. J'étais très présente pour elle, répondant à ses messages quasiment du tac au tac, quitte à ce que ma moitié se désespère un peu d'arriver à se coucher tôt par moments.

Deuxième sonnette d'alarme interne ; nouvelles questions débiles auxquelles je n'accorde pas d'importance : est-elle revenue vers moi parce qu'elle compte sur moi pour s'en sortir ? pour m'occuper de tout en cas de suicide ? Je me reprends : comment l'abandonner dans une situation pareille ?

J'essayais de me dire que c'était temporaire, le temps qu'elle passe cette phase. Mais tout ce temps, je n'ai pas été fidèle à moi-même, je ne me suis pas écoutée, parce qu'il y avait plus urgent et que je voulais faire le maximum.

(Pezibear, Pixabay)

(Pezibear, Pixabay)

Il lui arrivait encore par moments de transformer certains de mes propos avec le filtre de sa phobie, à croire que je la jugeais. Elle se reprenait assez vite mais sur le moment je le prenais moi-même assez mal, que l'on pense que je puisse être ainsi. Il n'est pas évident de se dire : "là c'est la phobie qui parle, pas elle".

Je l'ai alors invitée à passer quelques jours à la maison, parce qu'on fait passer tellement plus de choses en face à face. Je voulais pouvoir défaire ce petit nœud dans mon ventre, faire taire définitivement les questions idiotes qui traversaient mon esprit. Je voulais qu'elle sente qu'elle peut être en confiance, qu'elle me regarde quand je lui dis qu'elle a beaucoup de talent, que je suis contente de l'avoir retrouvée, qu'elle a encore beaucoup de belles choses à vivre.

On fait effectivement passer beaucoup plus de choses IRL. Tellement de choses comme le regard, le ton qu'on emploie, les gestes... qu'elle a cherchés à analyser sans cesse. Je n'avais pas ce souvenir de l'époque où je l'ai rencontrée. Très vite, je me suis mise à faire plus attention à ce que je disais, à mes gestes et mes expressions, pour éviter de mauvaises interprétations. Sauf que je n'ai plus été naturelle, je ne me suis plus sentie moi-même. Mais comment faire quand quelqu'un sonde votre regard si profondément pendant que vous lui parlez ? Comment faire quand elle prêche tout à coup le faux pour savoir le vrai ? Quand elle vous assure qu'elle sait que vous avez parlé dans son dos alors qu'il n'en est rien ? On essaye forcément de se contrôler pour essayer de la faire douter le moins possible. Elle continue alors d'analyser, bien malgré elle par moments je le vois bien, et trouve nécessairement des failles, puisqu'on n'est plus nous-même.

Elle a alors voulu rentrer plus tôt, j'étais dévastée à cette idée car pour moi, si elle repartait alors qu'on ne se faisait pas confiance, c'était fini. Elle a accepté de rester jusqu'au bout et les choses se sont apaisées. A son retour chez elle en revanche, je crois qu'elle a beaucoup analysé de nouveau. Elle m'a tenu des propos incohérents, me demandant de ne pas la traiter comme une dépressive et m'en voulant quand je la traitais comme n'importe lequel de mes amis.

Lors de notre dernier échange, elle avait un rendez-vous très important qui la stressait beaucoup ; j'étais très présente jusqu'à la veille pour l'encourager et la rassurer. Une fois le rendez-vous passé, j'ai attendu un petit message pour me dire si ça avait été. J'ai finalement demandé par moi-même en fin de journée, comme je l'aurais fait pour n'importe quel ami que j'aurais soutenu de la sorte pour un évènement particulier. Elle n'a pas répondu. Au pire, je trouve qu'un petit "Non pas du tout, je préfère être seule quelques jours" m'aurait été (si tel était le cas, à vrai dire je ne sais même pas comment ça s'est passé), c'est ce que la plupart des gens auraient fait. Elle me l'a écrit le lendemain et... j'ai eu le malheur de dire que j'appréciais qu'elle m'ait prévenue qu'elle allait s'isoler. Elle voulait pouvoir s'isoler plusieurs jours sans me prévenir, même si quelques jours plus tôt elle me parlait encore de suicide, que je n'étais pas censée m'inquiéter. Scoop : je me serais inquiétée si un ami non dépressif avait de gros doutes pour un examen, comptait beaucoup sur mon soutien et s'il faisait le mort complet le jour J. Scoop n°2 : on ne peut pas à la fois tenir des propos pour dissuader quelqu'un de se suicider et ne pas s'inquiéter quand la personne ne donne plus signe de vie sans prévenir. Et puis, suis-je la seule à penser qu'il vaut mieux dire à nos proches qu'on veut s'isoler pour ne pas risquer d'être dérangé justement ?

Maintenant que j'étais au courant qu'elle avait besoin d'être dans sa bulle, j'ai attendu qu'elle revienne vers moi. Cela fait 4 mois aujourd'hui.

Je pense donc qu'elle a décidé de me rayer une nouvelle fois... à moins qu'elle attende d'aller mieux ? Elle n'a même pas pris la peine de me le dire, je suis restée des jours et des semaines à actualiser frénétiquement ma boîte de réception, à avoir un haut le cœur quand je recevais un mail sur cette boîte où il n'y a presque qu'elle qui m'écrit. Je suis passée par toutes sortes d'émotions, tant de semaines à ne pas savoir ce qu'il se passe, s'il faut définitivement passer à autre chose.

Croyez bien que je ne me serais pas acharnée de la sorte, je n'aurais pas donné autant de moi-même si je n'avais pas su à quel point cette fille, sortie de sa phobie, est géniale, et à quel point je sais potentiellement pouvoir être proche d'elle. J'ai la haine contre la phobie sociale qui altère complètement le jugement d'une personne qui mérite tellement de belles choses. Une haine aussi envers les jeunes de son adolescence qui lui ont fait subir un traumatisme qui a entraîné cette phobie. Je n'ai jamais su ce qu'il s'était passé, mais je les maudits pour leur bêtise et leur méchanceté. Je crois sincèrement qu'elle était, si on peut dire, ma sœur d'âme. C'était d'ailleurs un de nos sujets de conversation : ne peut-on pas avoir des âmes-sœurs en amitié ? J'ai trouvé comme les appeler ma belle... Aujourd'hui je pense que si tu revenais, je te dirais que ce n'est plus possible, à moins que tu ne sois parfaitement guérie, je crois pouvoir dire que je ne sais pas me comporter avec une phobique sociale. C'est un crève-cœur que de me dire que cette amitié ne déploiera sûrement jamais ses ailes.

(Foundry, Pixabay)

(Foundry, Pixabay)

Peu de temps avant sa venue, elle avait eu un coup de foudre pour Christine and the Queens. De mon côté c'est plus un "je t'aime moi non plus" : je n'aime pas du tout le personnage qu'elle a créé, sa façon de bouger, son stylisme, je n'aime généralement pas les paroles en français, et j'ai souvent du mal avec l'électro. Mais malgré tout, il y a bien quelque chose qui me transporte et me donne envie de danser (mais à ma façon). C'est un peu comme avec cette amie, il y a un tas de choses qui coincent et pourtant on sent qu'il y a quelque chose à creuser de fort : ça n'a ni queue ni tête, ça ne tient pas debout. On emboîte des choses ensemble pour que ça tienne et que ça marche, mais rien à faire, ça ne tient pas debout.

Christine and the Queens, je ne l'écoute que quand je le décide. Quand je me fais surprendre par la radio, en musique de fond à la terrasse d'un café, c'est à elle que je pense, et je sens les larmes monter. Donc à moins d'une bonne étoile qui ferait enfin son boulot, je dois dire : Goodbye Christine.

Connaissez-vous ou avez-vous connu des amitiés avec des personnes atteintes de phobie sociale ? Êtes-vous phobique sociale ? Il y a plusieurs blogueuses que je lis qui ont parlé de leur phobie sociale récemment, ça concerne tellement de gens en fait, à des degrés différents. Vous êtes les bienvenus pour partager vos expériences et avis, je suis preneuse pour comprendre toujours plus ce phénomène qui ronge les belles relations et les belles personnes. Merci de m'avoir lue...

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